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vrage en question date indubitablement de la première moitié du neuvième siècle : le dialecte dans lequel il a été écrit tient le milieu entre le saxon et le francique; ce qui augmente la probabilité que ce soit la paraphrase faite par ordre de Louisle-Débonnaire, puisqu'il se servit d'un poète saxon Voyez des extraits du manuscrit cottonien dans Hickes. Thes. Ling. Septentr. T. I. GRAMMATICA FRANCO-THEOTISCA, Cap. 22.

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Juzgo n'est plus en usage; mais le verbe qui en dérive, juzgar, juger, s'est conservé dans l'espagnol moderne. En provençal, ce même verbe s'écrit jutjar.

30 Les patois qu'on parle aujourd'hui en Savoie et dans le pays de Vaud, qui en faisoit autrefois partie, dans le BasValais et dans quelques districts du canton de Fribourg, sont des dialectes de l'ancien provençal. Je crois que le patois de la partie méridionale des Grisons et du Tyrol doit être rangé dans la même classe, quoiqu'on ait voulu le dériver de la langue des Etrusques. Tous ces pays que je viens de nommer avoisinent l'Italie; mais j'ai beaucoup de peine à croire que jamais, dans aucun district de l'Italie proprement dite, l'idiome vulgaire ait été un dialecte du provençal. Le Dante écrivoit il y a cinq siècles: cependant, dans son traité latin DE VULGARI ELOQUIO, il assigne déjà à la langue italienne la même étendue de terrain qu'elle occupe aujourd'hui. Il dit expressément que Sorde! de Mantoue, célèbre parmi les Troubadours, a fait ses vers dans un autre idiome que celui de sa ville natale. L. I, cap. 15. Sordellus de Mantua. qui tantus eloquentiæ vir existens, non solum in poetando, sed quo

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modolibet loquendo patrium vulgare deseruit. Dans le même chapitre, il dit qu'on parle mal à Turin et à Alexandrie; mais il nomme pourtant ces villes dans sa revue des dialectes italiens. Le témoignage du Dante est irrécusable en tout ce qui concerne l'Italie; il ne pouvoit se tromper à cet égard, quelles que soient ses erreurs dans ce qu'il dit sur le reste de l'Europe latine. Il n'admet que trois langues dérivées du latin, qu'il désigne d'après la particule affirmative langue d'oil, langue d'oc et langue de si. La dernière est l'italien. Ainsi, le Dante paroît avoir complétement ignoré l'existence de la langue castillane, puisqu'il étend sur toute l'Espagne le domaine de la langue d'oc, c'est-à-dire du provençal ou du catalan. L. I, cap. 8. Nam alii Oc, alii Oil, alii Si affirmando loquuntur, utputa Hispani, Franci et Latini. Le Dante semble aussi étendre beaucoup trop le territoire de la langué d'oil; mais peut-être faudroit-il lire à la fin du même chapitre Alvernice montibus, au lieu de Aragonic montibus.

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Tout ce que je puis donc admettre, c'est que les classes supérieures en Lombardie employoient alors le provençal comme moyen de communication générale, de même que les personnes bien élevées y apprennent aujourd'hui l'italien régulier. Ce que le Dante dit de Sordel, qu'il parloit toujours le provençal, s'accorde avec cette supposition. Plusieurs Troubadours sont nés en Lombardie, à Venise et à Gênes; ils n'auroient pas chanté en langue provençale, s'ils n'avoient pu espérer de trouver un auditoire parmi leurs compatriotes.

31 On rencontre 'aux environs de Paris une trace curieuse de la séparation où vivoient souvent les deux nations jusqu'à

ce qu'elles fussent fondues en une seule. Il y a deux villages, dont l'un s'appelle Romainville et l'autre Franconville. Peuton douter que ces villages aient reçu leurs noms des Romains et des Francs qui habitoient exclusivement l'un et l'autre? Remarquez encore que Franconville est un mot hybride, dont la première moitié est formée d'après la grammaire francique; car FRANKONO est le génitif pluriel de FRANKO. Otfrid dit dans sa dédicace à un roi carlovingien :

So FRANKONO KUNING SCAL.

Sicuti Francorum rex debet.

32. La différence qui existe entre les anciennes frontières de l'empire occidental et les limites actuelles des langues dérivées du latin, est une circonstance fort remarquable, et qui, ce me semble, n'a pas fixé autant qu'elle le mérite l'attention de la plupart des historiens modernes. Dès le temps des premiers empereurs, la domination romaine s'étendoit jusqu'au Rhin et au Danube; et les cinq siècles qui se sont écoulés depuis Auguste jusqu'à la chute de l'empire, étoient bien plus que suffisans pour faire adopter aux peuples assujétis, qui se trouvoient compris dans cette circonscription, la langue aussi bien que les mœurs de leurs maîtres, et pour faire tomber dans l'oubli les idiomes divers que ces peuples avoient parlés dans leur état d'indépendance. Quand les gouvernemens ne s'en mêlent pas, plusieurs langues peuvent coexister long-temps dans le même pays; mais les grands gouvernemens, dont le centre est en même temps un foyer de civilisation, ont des moyens immenses pour répandre une langue et la rendre universelle dans un vaste empire; et jamais aucune nation n'a mieux entendu cet art que

les Romains. Si la langue basque a pu se conserver dans le nord de l'Espagne, c'est que les ancêtres des Basques, les Cantabres, ont toujours maintenu leur indépendance. La GrandeBretagne est la seule province de l'empire occidental où la langue des peuples indigènes ne se soit pas éteinte; mais cette province étoit située à l'extrémité de l'empire; elle fut la dernière conquise et la première abandonnée. D'autres causes, qu'il seroit trop long de développer ici, ont contribué à la conservation de la langue nationale; elle s'est réfugiée, avec les restes des Bretons, dans le pays de Galles et la Cornouaille; de là elle a été apportée par eux dans la Basse-Bretague Toutefois, n'en déplaise aux antiquaires celtiques, bien loin de conserver sa pureté primitive, cette langue paroît être fortement mélangée de latin corrompu. Quoi qu'il en soit, lors de l'invasion des Barbares on parloit le latin, et seulement le latin, dans les Gaules jusqu'aux bords du Rhin, et dans les provinces au nord des Alpes jusqu'aux bords du Danube. Aujourd'hui, le territoire qu'occupent les langues romanes, est beaucoup moins étendu. A quelques exceptions près, les Alpes, les bassins des lacs de Genève et de Neuchâtel, le Jura, les Vosges et les Ardennes, en forment les limites de là jusqu'à la rive gauche du Rhin et à la rive droite du Danube, il reste une large lisière où l'on parle des dialectes flamands, allemands et esclavons. Partout où les conquérans ont vécu entremêlés avec les anciens habitans, il s'est formé un idiome roman quelconque. Il est donc clair que, dans toutes les provinces frontières de l'empire occidental, la population a été entièrement renouvelée, soit que les sujets romains aient péri dans les ravages de l'invasion, ou qu'ils

aient émigré, ou qu'ils aient été expulsés par les conquérans. Ainsi l'état actuel des langues nous enseigne, concernant la destruction de l'empire occidental, beaucoup de faits que les notices imparfaites des historiens contemporains nous laissent ignorer. Ce seroit un travail intéressant à faire que de tracer en détail la ligne de démarcation entre les langues, telle qu'elle a été dans le moyen âge, et telle qu'elle est aujourd'hui, et d'examiner les patois limitrophes. Les limites des langues romanes étoient jadis encore plus resserrées qu'elles ne sont maintenant : l'italien n'a pas dépassé les Alpes; mais la langue françoise a gagné considérablement du terrain depuis quelques siècles sur la frontière du nord et de l'est.

55 Dans toutes les langues dérivées du latin, le mot verbum a disparu dans son acception ordinaire. La théologie avoit donné à ce mot un sens mystérieux; on craignit sans doute ́de le profaner en l'employant aux usages journaliers de la vie. On y a substitué partout le même mot, PARABOLA, qui est devenu en françois parole, en italien parola, en provençal paraula, en espagnol palabra, en portugais palavra. Ce mot, d'origine grecque, n'a pu être puisé que dans l'Evangile, où il signifie une similitude, une allégorie. Ainsi, il a fallu en étendre arbitrairement la signification pour désigner le langage humain en général. On ne sauroit méconnoître l'influence sacerdotale dans le rejet universel de l'expression classique, et dans le choix également universel d'une autre, prise dans la latinité chrétienne. Comme terme grammatical, le mot verbum, verbe, n'a été introduit que dans les temps modernes.

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