Imagens das páginas
PDF
ePub

ajouté une terminaison adverbiale à cette préposition, et l'on aura dit avec d'après l'analogie d'illec, mot fort usité dans le vieux françois. De la même manière on a fait de la préposition latine SINE (en provençal senes, sans) un adverbe senuec, qui s'employoit autrefois comme le pendant d'avec, Mais je ne donne cette étymologie que comme une conjecture, et je conviens que le mot avec est un de ceux dont l'origine est très-difficile à expliquer.

M. Raynouard propose deux étymologies de gaire, guère; gran re, en roman, beaucoup; ou gar, en théotisque, entièrement. La dernière me paroît être la seule vraie; dans l'italien guari, qui répond à gaire et à guère, la racine est conservée presque sans changement.

Parmi les particules explétives destinées à être jointes à la négation, la langue provençale en a une, ges ou gens, qui n'a pas passé dans le françois. M. Raynouard, p. 333, la dérive du latin GENS. Je pense que le mot roman vient du théotisque ganz, entièrement. J'observe, en passant, que tous les mots qui servent de complément à la négation, pas, point, rien, jamais, etc., ont primitivement, et à part de la négation précédente, un sens affirmatif. C'est ce qui n'a pas été reconnu par les auteurs du Dictionnaire de l'Académie françoise, et en conséquence tous les articles relatifs à ces mots sont rédigés d'une manière très-défectueuse.

36 M. Raynouard traduit constamment lausengier et lausenjador par médisant. Cependant ces mots, d'après leur formation, ne sauroient signifier autre chose que flatteur, adulateur. En provençal, lauzar, louer, lauzenja, louange, flatte

rie; en italien, lusinga, lusingar; en espagnol, lisonja, lisonjear. Sans doute, les flatteurs sont d'ordinaire aussi médisans, et les Troubadours s'en plaignent sans cesse; mais c'est Jà une liaison morale entre les idées, et non pas le sens littéral. De même M. Raynouard traduit, p. 74, devinadors par calomniateurs, tandis que ce mot désigne des espions, des ob servateurs malveillans.

J'ai une remarque semblable à faire sur les mots volpil et volpillatge, que M. Raynouard traduit par lâche et lâcheté. Caseneuve avoit déjà traduit de même; voyez l'article COUARD dans la seconde édition du dictionnaire de Ménage. Cependant volpil vient de VULPECULA, et, comme substantif, signifie un renard, ainsi que goupil en vieux françois. Or, cet animal, dans toutes les fables et chez tous les peuples du monde, est plus renommé pour sa ruse que pour sa lâcheté. Ainsi volpil est littéralement rusé; volpillatge, ruse, perfidie. C'étoit considéré comme une injure très-grave chez les peuples germaniques d'appeler quelqu'un renard; d'après la loi salique, on payoit cent vingt deniers d'amende pour se l'être permis. Un passage de Grégoire de Tours prouve que c'est bien sous le rapport de la ruse qu'on entendoit cette injure. HIST. L. VIII, cap. 6. Multas eis perfidias et perjuria exprobravit, vocans eos sæpius vulpes ingeniosas. Il est vrai que volpil est mis quelquefois les Troubadours en opposition avec arditz, hardi. Ce trait est caractéristique. Les anciens chevaliers étoient si habitués à combattre leurs ennemis de front, qu'ils envisa-. geoient l'emploi de la ruse comme un signe certain de lâcheté.

par

P. 15. Metge querrai al mieu albir.

M. Raynouard traduit: Médecin je chercherai au mien cha

grin; mais albir ou arbir, du latin ARBITRIUM, signifie jugement, opinion, avis. Le poète désire trouver un médecin qui puisse guérir son jugement, c'est-à-dire le délivrer de son illusion.

P. 84. C'aissi com las suelh captener,
En aissi las descaptenrai.

Traduction de M. Raynouard :

Qu'ainsi comme les ai coutume obéir,

De même les désobéirai.

J'ai trouvé ces vers de Bernard de Ventadour écrits de la manière suivante dans deux manuscrits:

De las domnas mi desesper,

Jamais en lor non fizarai;

C'aissi com las suoill mantener,

En aissi las desmantenrai.

Je pense que cette variante ne change guère le sens, et que captener est à peu près synonyme de mantener, maintenir. En aucun cas, captener ne peut signifier obéir.

,

P. 291. M. Raynouard donne comme synonymes unca oncas, oncques, dérivés de unquam, et oan, ogan, onguan, Ces derniers mots signifient, à mon avis, dans l'année actuelle (de HODIE et ANNUS), en opposition avec antan, l'année passée. Ces mots se retrouvent dans l'espagnol, ogaño, an

taño.

J'aurois des doutes à proposer sur plusieurs passages traduits par M. Raynouard; mais comme les vers cités dans la Grammaire romane sont détachés de leur liaison, il est quelquefois difficile de deviner la pensée du poète.

57

Puois messagier no 'l trametrai,
Ni à mi dire no-s' côvê,

Negun conseill de mi non sai;
Mas d'una ren mi conort bê.

ELLA SAP LETRAS ET ENTEN,
Et agrada me que escrîa
Los motz, e s' à lei plasia,

Legis los al mieu salvamen.

BERNARD DE VENTADOUR.

58 Voyez SCHILTER. THESAUR. ANTIQUIT. TEUTON. T. I. Epinikion rhythmo Teutonico Ludovico regi acclamatum, cum Nortmannos anno DCCCLXXXIII vicisset. Le savant Mabillon trouva ce chant de victoire dans un couvent à SaintAmand, et en envoya une copie à Schilter: le manuscrit original s'est ensuite perdu. Probablement la copie n'étoit pas exacte; ce qui rend plusieurs passages difficiles à expliquer. Les circonstances historiques auxquelles cette pièce de vers fait allusion, offrent quelque ambiguité. Deux rois contemporains du nom de Louis ont régné, l'un en Allemagne, l'autre en France: Louis de Germanie, fils de Louis-le-Germanique; et Louis III, fils de Louis-le-Bègue, petit-fils de Charles-le-Chauve. Ils étoient proches parens; ils avoient l'un et l'autre deux frères nommés Carloman et Charles; les historiens attribuent à l'un et à l'autre une victoire sur les Normands, remportée à peu près dans le même temps. Après avoir examiné les notices peu abondantes fournies par les anciennes chroniques, Schilter se décide pour Louis III, roi de France, comme le héros de ce chant de victoire. Si les raisons de Schilter sont concluantes (et je pense que le lieu

même où le manuscrit a été trouvé, leur donne encore plus de poids), ce précieux morceau de poésie populaire, où respirent une noble fierté et une piété loyale, fournit une preuve que les Francs établis dans le royaume de France n'avoient pas encore oublié leur langue maternelle vers la fin du neuvième siècle. De tous les antiquaires françois à moi connus qui ont traité cette question, Bonamy s'est, à mon avis, rapproché le plus de la vérité. Voyez MÉM. DE L'ACAD. DES INSCR. ET B. L. T. XXIV. Dissertation sur les causes de la cessation de la langue tudesque en France, et sur le système de gouvernement sous le règne de Charlemagne et de ses successeurs M. Bonamy. Mais ce savant prétend que les seigneurs francs avoient seuls conservé à cette époque l'usage de leur langue, parce qu'ils avoient des relations féodales aussi bien en Allemagne qu'en France; que les Francs des classes inférieures, au contraire, ne parloient déjà plus que la langue romane. Or, il est évident que le chant de victoire en question a été composé non pas pour les chefs seuls, mais pour tous les guerriers qui avoient combattu les Normands.

, par

39 Otfrid dit, dans sa dédicace latine à Liutbert, archevêque de Mayence: Dum rerum quondam sonus inutilium pulsaret aures quorundam probatissimorum virorum, corumque sanctitatem LAICORUM CANTUS inquietaret obscœnus, a quibusdam memoriæ dignis fratribus rogatus, maximeque cujusdam venerandæ matronæ verbis nimium flagitantis, nomine Judith, partem evangeliorum eis theotisce conscriberem, ut aliquantulum hujus cantus lectionis LUDUM SECULARIUM VOCUM

« AnteriorContinuar »