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romancier provençal dont aucun souvenir, que je sache, ne s'est conservé en France. Wolfram d'Echenbach, poète allemand, célèbre au commencement du treizième siècle, a composé deux romans intitulés : Parcival et Titurel, qui font suite l'un à l'autre. Ces romans sont restés fameux en Allemagne jusqu'au seizième siècle 41. Eschenbach déclare expressément qu'il prend pour guide Kiot le Provençal; il réprouve la narration de Chrétien de Troyes qui, selon lui, a falsifié l'histoire. Beaucoup de noms propres, dans le texte allemand, prouvent effectivement, par leur forme provençale, que notre auteur n'a point puisé dans un livre françois.

A mesure que la langue françoise devint prépondérante, on cessa de copier les manuscrits provençaux, on négligea ceux qui existoient, et le reste paroît avoir été consumé dans les troubles religieux du seizième siècle 42.

Je termine ici mes observations, qui n'ont d'autre but que d'attirer l'attention du public sur une entreprise littéraire de la plus grande importance, sous le rapport de la philologie et de l'histoire du moyen âge. M. Raynouard, si celèbre comme poète, si honorablement connu comme citoyen, a obtenu dans ses laborieuses recherches les encouragemens d'un gouvernement, protecteur de toutes les études so

lides; il a mérité la reconnoissance, non seulement de ses compatriotes, mais de l'Europe savante. A une époque où tous les esprits sont tournés vers de nouvelles idées, il est peut-être particulièrement utile de réveiller le souvenir d'un passé déjà lointain. Tout le monde se croit en état de juger les anciens temps d'après des connoissances superficielles; les bien connoître, est tout autrement difficile. Le moyen le plus sûr de ne tirer aucun parti de l'histoire, c'est d'y porter un esprit d'hostilité. Si nous dédaignons nos ancêtres, prenons garde que la postérité ne nous le rende.

NOTES.

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On sait que M. de Sainte-Palaye, après avoir employé de longues années à former des recueils relatifs à la connoissance des antiquités littéraires et historiques de la France, étant arrivé à un âge fort avancé, se vit hors d'état de rédiger luimême ses immenses matériaux. C'est avec les notices et les traductions fournies par lui que l'abbé Millot, qui n'étoit rien moins que savant dans cette partie, composa son Histoire littéraire des Troubadours, ouvrage très-médiocre. Le zèle de M. de Sainte-Palaye est infiniment louable; mais plusieurs indices me font douter qu'il possédât le talent philologique nécessaire pour publier le texte original des Troubadours, SI toutefois il en a eu le projet.

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Le cardinal Bembo avoit écrit les Vies des Troubadours; mais son travail n'a jamais été publié. La biographie des Troubadours exigeroit des recherches profondes pour avoir une véritable valeur historique; mais on peut aussi la faire à de frais, en se bornant à copier les notices qui nous ont été transmises par leurs anciens biographes. Cela ne suppose même qu'une connoissance très-légère de l'ancien langage, puisque la prose de ces notices est extrêmement simple et facile. Le cardinal Bembo possédoit un beau manuscrit de poćsies provençales, qui depuis a passé dans la bibliothèque du Vatican, et ensuite à Paris (Cod. 3204). Le célèbre poète Tas

soni parcourut les œuvres des Troubadours, uniquement pour examiner s'il s'y trouvoit des passages imités par Pétrarque. Il convient lui-même qu'il n'avoit pas une connoissance approfondie de leur langue. Crescimbeni a traduit les Vies des poètes provençaux par Jean de Notre-Dame, en y ajoutant des notes et quelques morceaux de poésie extraits des manuscrits de Florence, et traduits par Salvini. Cette traduction est remplie de contre-sens; dans une chanson de Gauselm Faidit, les mots Maracdes fis sont laissés en blanc comme inintelligibles. On voit bien que Salvini et Crescimbeni n'étoient pas de grands dipes: ces mots signifient émeraude fine. Aussi Salvini se plaint-il de l'obscurité impénétrable de l'ancien provençal. CONSIDERAZIONI CRITICHE, etc. L. II, cap. 9. Les éditeurs du Dante et de Pétrarque n'ont jamais pu venir à bout de corriger quelques vers en langue provençale insérés dans leurs œuvres, et défigurés par les copistes : tellement la connoissance de cette langue a été perdue en Italie.

De tous les savans qu'on pouvoit consulter jusqu'ici sur la littérature provençale, Don Antonio Bastero est incontestablement celui qui s'y entendoit le mieux sous le rapport grammatical et philologique. Il avoit l'avantage d'être Catalan ; et il paroît que, parmi les provinces où l'on a parlé jadis la langue des Troubadours, c'est en Catalogne qu'elle a été le moins altérée. Bastero, envoyé à Rome pour les affaires du chapitre de Girone, dont il étoit chanoine, eut l'occasion d'étudier les manuscrits du Vatican et ensuite ceux de Florence; mais le plan de son ouvrage, écrit en italien (LA CRUSCA PROVENZALE. ROMA, 1724), est mal conçu: on ne voit pas trop s'il a voulu traiter l'histoire littéraire des Troubadours, ou pu

blier leurs œuvres, ou composer une grammaire et un dictionnaire de leur langue. Aussi cet ouvrage est-il resté incomplet : l'auteur n'est guère arrivé au-delà de la préface, qui contient des notices précieuses, quoique uoyées dans une prolixité insupportable.

3 I. Recherches sur l'ancienneté de la langue romane. II. Elémens de la grammaire de la langue romane avant l'an 1000, précédés de recherches sur l'origine et la formation de cette langue. III. Grammaire romane, ou Grammaire de la langue des Troubadours. Ces trois écrits sont réunis en un scul volume, sous le titre: Choix des poésies originales des Troubadours, T. I. Paris, 1816.

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Voyez sur cette question Tassoni Considerazioni sopra le rime di Petrarca (Modena, 1609), dans la préface. A la fin du commentaire sur les poésies amoureuses de Pétrarque, Tassoni dit avec sa manière brusque: Le poesie de' Provenzali non hanno che fare con quelle di Petrarca, e faccian pur ceffo i Francesi a lor senno. Il paroît avoir cité exactement tous les vers des Troubadours, dans lesquels il trouvoit quelque rapport avec tel ou tel passage de Pétrarque; et ces ressemblances se bornent à des phrases, des tournures et des images qui ne prouvent aucunement l'imitation, parce qu'elles sont, pour ainsi dire, un bien communal des poètes de tous les pays. La preuve la plus spécieuse qu'on ait alléguée des plagiats de Pétrarque est un sonnet d'un poète valencien, Mossen Jordi, qui répond mot pour mot au beau sonnet de Pétrarque :

Pace non trovo, e non ho da far guerra.

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