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Cette leçon détruit la rime; ce qui doit la faire condamner au premier coup d'œil. Mais les éditeurs, en ajoutant des s aux noms des nations, ont cru les mettre au pluriel, et ils en ont fait au contraire des singuliers. Englès ne change pas de terminaison; les autres substantifs, hom, baron, Norman, etc., sont au nominatif du pluriel : companhon et prison n'ont point des, parce qu'ils sont à l'accusatif du singulier.

18 Voyez Mém. de l'Acad. des inscriptions et belles-lettres, Tom. XXIV. Remarques sur la langue françoise des douzième et treizième siècles, comparée avec les langues provençale, italienne et espagnole, des mêmes siècles, par M. de la Curne de Sainte-Palaye, p. 684. «Je finis par une observation « grammaticale peu importante en elle-même, mais qui ser<< vira d'une nouvelle preuve à la conformité des langues fran«< çoise, italienne et espagnole, et justifiera encore la re<< marque d'un de nos plus célèbres grammairiens sur la for<<<mation de notre futur. Elle se fait, suivant l'abbé Regnier

(Gramm. franç., p. 368 et suiv.), par la jonction ou réu<<nion du temps présent du verbe auxiliaire avoir, et de l'infi«nitif j'aimerai, tu aimeras, il aimera....... Il fait l'ap« plication du même principe aux verbes italiens et espagnols, « à quoi j'ajouterai que la formation du futur imparfait du « subjonctif j'aimerois, se fait pareillement de la jonction de << l'infinitif avec l'imparfait de l'indicatif du verbe avoir, que « l'on a syncopé, et dont on n'a conservé que la finale. La <«< manière de former ce temps a été la même dans les cinq « langues qui composent le descort de Rambaut de Vaquei« ras; et nos Provençaux nous font sentir encore mieux que

«<les autres la pratique de cette règle dans leur grammaire. << Souvent ils ont, entre les deux verbes qui forment leur « futur, inséré un article, un pronom ou autre particule, et <«< quelquefois plusieurs, comme s'ils eussent prévu qu'on << pourroit un jour confondre le verbe principal avec le verbe << auxiliaire qui compose ces temps. J'en rapporterai ici plu«sieurs exemples que j'ai recueillis en lisant les ouvrages de <«< nos anciens Provençaux. Comptar vos ai, je vous compte« rai; dar vos n'ai, je vous en donnerai; dir vos ai, je vous « dirai; donar lo us ai, je vous le donnerai. >>

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19 Ulfilas, Evang. Joh. VI, 7. ITH SILBA VISSA, THATEI HABAIDA TAUJAN; quia ipse sciebat, quid ESSET facturus. Ibid. 71. SA AUK HABAIDA INA GALEVJAN; is enim ERAT eum TRADITURUS. Ibid. XII, 26. THARUH SA ANDBAHTS MEINS VISAN HABAITH; ibi et minister meus ERIT. Dans les deux premiers exemples, Ulfilas exprime, au moyen du verbe auxiliaire, un futur paraphrastique du texte grec; mais, dans le dernier passage, il y a le futur simple, Tar. VISAN HABAITH, littéralement retraduit en latin, feroit esse habet, absolument comme sera. Le futur du verbe substantif est le même en provençal et en françois : serai, seras, sera; sa formation, d'après la règle de M. Raynouard, a cependant besoin d'être expliquée. Par un barbarisme de la basse latinité, on a dit essere au lieu de ESSE, pour se conformer à la terminaison ordinaire des infinitifs latins; essere ensuite a été contracté en ser; et le futur est composé de cet infinitif et du présent du verbe auxiliaire : ser-ai, ser-as, ser-a.

20 En provençal, le substantif homme et le pronom person

nel indéfini s'écrivent de la même manière, hom ou om. En allemand, man fait également les deux fonctions. Aujourd'hui l'on distingue par l'orthographe le substantif du pronom : Mann, l'homme, man, on; autrefois l'un et l'autre s'écrivoient de même, man. Cet usage est fort ancien ; on le trouve établi chez les auteurs du neuvième siècle; mais je ne saurois citer aucun exemple plus authentique, et, pour ainsi dire, plus illustre que celui qui est contenu dans le serment de 842. Je mettrai les deux phrases correspondantes en regard :

Si cum oм per dreit son fradra salvar dift.
MAN mit rehtu sinan bruodher

....

scal.

So so Au reste, je pense que la formule théotisque de ce serment est l'original, et la formule romane la traduction; mais je n'entreprendrois pas de le prouver, puisqu'un tel aperçu ne peut se fonder que sur des nuances fugitives.

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Voyez Scherzii Glossarium Germanicum medii ævi, ed. Oberlin. s. v. WERRA; et Schilteri Thesaur. Antiquit. Teutonic. T. III, in Glossario s. v. WERRUN. En général, la lettre w au commencement des mots théotisques, dans les langues romanes, s'est transformée en Gu ou en G. Ainsi, l'on a fait guerra de WERRA, comme des noms propres WALTHAR, WIDO, en italien Gualtieri, Guido, en françois Gauthier, Gui, etc. Il y avoit, comme de raison, dans les langues germaniques, plusieurs mots pour désigner la guerre: WIG, URLUG; mais WERRA semble avoir prévalu dans les langues mixtes, précisément parce que c'étoit le terme le plus populaire; car WERRA signifioit proprement querelle, rixe. Ce mot a été officiellement employé par Charles-le-Chauve dans ses capitu

laires, Tit. XXIII, Cap. 15: Rixas et dissensiones, seu seditiones, quas vulgus WERRAS vocat. WERRA a été confondu mal à propos, par quelques étymologistes, avec wERE, qui signifie arme, défense. Ce dernier mot n'a rien à faire avec la dérivation de guerre.

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Voyez Ihre Glossarium Suio - Gothicum, in Proœm. p. xxxvi. « Dum autem verba auxiliaria nomino, facere non « possum, quin, quæ heic disseruntur, iis exemplo propositis, << ulterius confirmem. Alterum horum est avoir, quod a latino « habere ortum esse, nemo ignorat; sed an item j'ai, tu as, « il a? Mirum certe foret, si ab habet non nisi unica litterula « superstes remaneret, dum ceteræ linguæ europeæ hanc vo<«< cem pene invariatam servant. Germ. ich habe. Sueth. jag « hafwer. Angl. I have. It. io habbia, etc. Unde vero factum « sit, ut Galli usque adeo devii sint, si quæratur, scire con« venit, apud veteres Westrogothos, eorum in loquendo magistros, duo fuisse verba synonyma, quæ promiscue <«< usurpantur, haban et aigan, quorum illud Latinorum ha« beo, hoc Græcorum exew cognatione attingit: utrumque << vero in orbe gothico pro verbo auxiliari adhibitum fuisse, << sic, ut ab Islandica dialecto exemplum afferam, etc. >>

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Ihre s'est trompé à l'égard de l'italien, en prenant le subjonctif pour l'indicatif; il a ignoré que, dans l'italien et l'espagnol, le présent de l'indicatif au singulier est tout aussi contracté qu'en françois. Le verbe gothique AIGAN se retrouve en effet dans les autres dialectes de la même famille: en francique EIGON; en anglo-saxon, AGAN. Mais le verbe synonyme HABAN est le seul qui soit resté en usage. Ce dernier, comme on

voit, est absolument identique avec le latin. Le présent de ce verbe offre un exemple frappant de l'affinité qui existe entre le latin et les langues germaniques, non seulement à l'égard des racines, mais aussi à l'égard des inflexions.

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En vertu de cette affinité, plusieurs mots des langues romanes pourroient être aussi naturellement dérivés d'une racine gothique ou francique que d'une racine latine. Par exemple:

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Ne pourroit-on pas admettre que le souvenir des deux langues mères s'est quelquefois confondu dans l'esprit de ceux qui parloient les nouvelles langues vulgaires? Au moins les mots qui se trouvoient également dans les deux langues, ne devoient pas être exposés à tomber dans l'oubli. La ligne de démarcation est difficile à tracer: dans le doute, je préférerois toujours la dérivation latine. En françois, mourir, mort, viennent de MORI, MORS, MORT-IS; mais meurtre, quoiqu'il soit

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