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si rapproché des mots précédens par le sens et par la composition des lettres, vient du gothique MAURTHR.

23. On nommoit romans indistinctement tous les livres écrits en langue vulgaire. Un poëme sur la passion de la SainteVierge est appelé ainsi:

Aquestz romans es acabatz;

Nostre senhér en sia lausatz.

Chez les Troubadours, romansar signifie chanter, célébrer par des poésies populaires.

Gauselms Andreus qu'om románsa,

Nou trais ane tan greu martire

Per la reina de Fransa,

Com eu per lei cui desire.

24 M. Raynouard suppose que lingua romana signifie toujours la langue vulgaire ; je pense qu'on a quelquefois employé cette expression pour le latin régulier. Cela n'est pas étonnant, puisque les peuples germaniques appeloient Romaius tous les habitans des provinces de l'empire occidental, et que, lors de la conquête, ces habitans parloient latin. Fortunatus loue le roi Charibert de sa parfaite connoissance du latin:

Cum sis progenitus clara de gente Sicamber,

Floret in eloquio lingua Latina tuo.
Qualis es in propria docto sermone loquela ;

Qui nos Romano vincis in eloquio!

La leçon Romanos, dans le dernier vers, qu'on trouve chez BOUQUET, SCRIPT. RER. FRANC. T. II, est évidemment fausse;

mais quand on voudroit la défendre, cela ne changeroit rien à la chose. Je remarque, en passant, que ces vers suffisent pour réfuter les historiens qui prétendent que les rois mérovingiens ont abandonné, tout de suite après Clovis, l'usage de leur langue maternelle.

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Eginhart dit, dans sa Vie de Charlemagne : « En tibi librum præclarissimi et maximi viri memoriam continentem, in « quo præter illius facta non est quod admireris, nisi forte << quod homo barbarus, et romana locutione perparum exer

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citatus, aliquid me decenter aut commode latine scribere <«< posse putaverim. » Ici romana locutio signifie, sans contredit, le latin régulier; car la connoissance de la langue romane n'auroit pu avancer Eginhart en rien pour la correction du style latin. M. Raynouard (Recherches sur l'ancienneté de 'la L. R., p. 18) fait sur ce passage l'observation suivante: «< Si << Eginhard, secrétaire et chancelier de Charlemagne, mani<< feste des craintes sur son style latin, s'il se nomme barbare, c'est que la langue latine n'étant point parlée vulgairement « à la cour, il n'avoit pas la certitude que son style fût « exempt de fautes. En effet, la langue francique étoit la langue vulgaire à Aix-la-Chapelle et dans le nord de l'em<< pire, tandis qu'à Paris et dans le midi de l'empire la langue << vulgaire c'étoit l'idiome roman. » Je ne saurois être d'accord avec M. Raynouard sur cette explication. En se nommant homo barbarus, Eginhart ne veut dire autre chose, sinon qu'il étoit Franc et non pas Romain. Sans doute à Aix-la-Chapelle il n'y avoit qu'une seule langue vulgaire, le francique; mais je crois pouvoir prouver que, dans la partie latine de l'empire de Charlemagne, il existoit deux langues vulgaires, l'une

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romane, l'autre théotisque. Chaque nation parloit la sienne : les descendans des anciens habitans la première; les Francs, les Goths, les Bourguignons et les Lombards, un dialecte de la seconde. Cependant il devoit y avoir beaucoup d'individus qui sussent les deux langues. Mais les excuses d'Eginhart n'ont rien à faire avec les langues vulgaires; elles se rapportent uniquement à l'importance qu'on attachoit, de son temps, la correction classique. La grammaire latine avoit été entièrement négligée avant Charlemagne ; il en renouvela l'enseignement. Il y avoit à sa cour des savans anglo-saxons qui parloient et écrivoient le latin avec une grande élégance. Ainsi Eginhart s'attend à trouver des juges sévères, et il s'exprime avec modestie, quoiqu'il eût fait d'assez bonnes études latines.

25 Voici quelques exemples de ces doubles dérivations, dont l'une est ancienne et populaire, l'autre savante et moderne.

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26 AIMOIN. Lib. II, 5. « Nec multum fluxerat temporis, << cum imperator Justinus expeditionem paravit adversus re<«< gem Persidis: sed in ipso belli apparatu morbo præventus, << anno assumpti imperii octavo est defunctus. Consensu sena« tus totiusque simul exercitus Augustus efficitur Justinianus, (( qui nihil moratus, collecto exercitu contra barbaros est

<< profectus, et commissa pugna, fugatisque hostibus, regem «se eorum cepisse gavisus est. Quem in solio regni juxta se « sedere fecit, et ut provincias, quas Romanis eripuerat, sibi <«< restitueret imperavit. Cui ille, non, inquit, dabo. Ad hæc « Justinianus respondit: DARAS. Pro cujus novitate sermonis <«< civitas eo loci constructa est, cui DARAS nomen est. Rex au<<< tem Persidis, licet non voluntarius, omnia restituit, quæ << Romani fuerant juris, sicque in regnum suum est redire permissus. Justinianus quoque Augustus cum magno trium«pho Constantinopolim est regressus. »>

Je n'ai pas besoin de faire remarquer combien ce récit dans toutes ses parties, est contraire à l'histoire.

27 Je ne nie point qu'il n'ait pu se trouver des soldats goths ou francs dans l'armée de Commentiolus. L'armée byzantine, en général, offroit une bigarrure de diverses 'nations. Il y avoit beaucoup de Huns, il y avoit même des Perses. Les Grecs, amollis par le despotisme et par les effets de leur vieille civilisation, cherchoient des troupes mercenaires chez tous les peuples guerriers qui avoisinoient l'empire. Mais précisément à l'époque à laquelle se rapporte le fait en question, les empereurs d'Orient tiroient une partie de leurs meilleures troupes de l'Afrique latine reconquise par Bélisaire. Les mots d'ordre dans l'armée byzantine ne se donnoient pas en grec, mais en latin; et, parmi ces termes de commandement, se trouve le mot TORNA, dont M. Raynouard conteste la latinité.

28 Ce roi pieux, mais quelquefois sujet à la superstition, étant sur son lit de mort, se crut assailli par les démons, et

s'écria plusieurs fois: HUZ! HUZ! ce qui veut dire : sortez ! loin de moi! Freher. Script. rer. German.,T. I, in VITA LUdovici Pii, S. 19. Conversa facie in sinistram partem, indignando quodammodo, virtute quanta potuit dixit: нUZ, HUZ, quod significat, foras, foras. Comme adverbe, ce mot francique s'écrit d'ordinaire uz; l'aspiration sert peut-être à le transformer en interjection, si ce n'est une erreur du copiste.

Louis-le-Débonnaire avoit reçu une éducation savante : d'après le témoignage de son biographe Theganus, il lisoit le grec, il parloit le latin avec autant de facilité que sa langue maternelle. Cependant il ne négligea point cette dernière. Il fit traduire en allemand l'Ecriture-Sainte. Du Chesne, Script. rer. Franc. T. II, p. 220. Cum divinorum librorum solummodo literati atque eruditi notitiam haberent, ejus (Ludovici) studio atque imperii tempore, sed Dei omnipotentia atque inchoantia, mirabiliter actum est nuper, ut cunctus populus suc ditioni subditus theudisca loquens lingua, ejusdem divinæ lectionis nihilominus notionem acceperit. Præcepit enim cuidam, uni de gente Saxonum, qui apud suos non ignobilis vates habebatur, ut Vetus ac Novum Testamentum in germanicam linguam poetice transferre studeret. C'étoit donc, comme on voit, plutôt une paraphrase qu'une traduction. Il en existe peut-être encore une partie, c'est-à-dire l'Harmonie des Evangiles, dont un manuscrit se trouve en Angleterre dans la bibliothèque cottonienne, et un autre à Munich. M. Gley, ecclésiastique françois, auteur d'un estimable essai sur la langue francique, a pris copie de ce dernier manuscrit à Bamberg, où on le conservoit autrefois. Il a rapporté sa copie en France, et en a fait don à la bibliothèque de l'Institut. L'ou

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